L’espace de la révélation d’Alastair Reynolds

“L’espace de la révélation”, Alastair Reynolds, Presses de la Cité (2002).

Un space-opera mâtiné de (hard) science, chez Presses de la cité, pas vraiment spécialiste du genre, mais qui a déjà publié récemment un Benford, par exemple (L’ogre de l’espace).

On pourra faire un parallèle avec le cycle de la Culture, de Banks (pour la logique de guerre instituée, et celle de vaisseaux et d’armes spécialisés), ou avec le cycle d’Hyperion, de Dan Simmons, pour l’ambiance et les sociétés complexes décrites, ou encore avec les livres les plus galactiques de Greg Bear, pour la description et l’étude fine de milieux confinés (vaisseau spatial), et des problèmes qui en découlent sur le mental de son équipage.

Dès les premières pages, sur la planète Resurgam, l’on est emporté (par le vent ?) ; démarrage brillant, tellurique, proche de Dune pour la poussière et la tempête, de Simmons pour le style et la puissance politique, presque visionnaire, tant des situations, des dialogues que de l’étude psychologique couvrant tout le spectre des sentiments humains (rivalité, amours, coups bas et coups fourrés, etc.).

En parallèle, l’univers splendidement décrit par les yeux d’Ilia Volyova du “Spleen de l’infini”, un vaisseau démesuré, à l’intérieur duquel tout déplacement nécessite des moyens de transport à ses mesures. Un vaisseau privé de son commandant maintenu en vie tant bien que mal par la cryogénie. Un vaisseau où la folie et la mutinerie guettent.

Cependant, avant mi-parcours, le livre ne tient plus ses belles promesses et finit par lasser. On s’englue dans les descriptions sans fin de l’utilisation des armes et du “poste de tir” à bord d’un vaisseau “pirate”, sans parler du recrutement d’un armurier, comme si notre futur (et même le présent, non ?) n’avaient pas déjà fait la part belle à l’intelligence artificielle dans l’assistance au combat. On se retrouve dans du Star Trek de base, avec une panoplie d’armes sortant de la soute comme des jokers ou des faux as de la poche d’un joueur de cartes, et des combats dans l’espace type duel de Western par vaisseaux interposés, avec rayons traversant l’espace, trous dans la coque, blindages et parades dignes des poncifs des années soixante. A noter que pour Reynolds, aussi scientifique soit-il de formation, une arme semble n’être qu’une grosse boîte assez lourde (un container ?) que l’on sort de la soute comme un bulldozer de son garage : n’a-t-il jamais entendu parler de système d’armes, d’intégration, de miniaturisation ? Aucune arme à ce jour, hormis une arme de poing (et encore, plus pour longtemps…) n’est ainsi isolée de son contexte de système ou, tout simplement, de senseurs, d’actionneurs ou autres dispositifs de commande déportée qui sont, forcément, extérieurs au caisson (cubique ?) autoporteur que décrit naïvement Reynolds.

En conclusion, un auteur d’un gros potentiel, hélas fourvoyé dans une histoire au démarrage foudroyant, immensément prometteur mais qui ne tient pas la distance – en particulier celle de la lassitude du lecteur. Dès la mi-parcours, le livre vous tombe des mains, par saturation et accumulation (les états d’âme d’un “poste de tir” ?). Et ce n’est pas faute d’avoir fait confiance à l’auteur, jusque là. Il la méritait. La révélation finale, celle du titre, attendue (ou peut-être plus vraiment, à ce stade) est grand-guignolesque et détone vis à vis des moyens mis en œuvre dans le roman, et de sa superbe crédibilité initiale.

Et ce serait une trilogie ? Bonjour la suite… J’abandonne.

Biff

“L’espace de la révélation”, Alastair Reynolds, Presses de la Cité (2002).

Written by Dominique Karadjian

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