Les Dieux de Cluny de François Darnaudet

La première de ses histoires, « Le fantôme d’Orsay » nous emmène au Musée homonyme et dans les Jardins des Tuileries. Eric Bernadi, un jeune étudiant en sémiotique et préparant une thèse sur Eugène Delacroix, est gardien de nuit au musée d’Orsay. Une nuit, un des ses collègues, en faisant sa ronde, remarque que le Ugolin de Jean-Baptiste Carpeaux comporte six figures au lieu de cinq. Un ectoplasme, « le fantôme rouge des Tuileries », s’en prend mortellement à lui en le soudant à ladite œuvre.

Dans le deuxième récit, qui donne son titre au dit ouvrage, notre héros voyagera en Europe et intégrera une confrérie dont le but est de surveiller certains passages, scellés par leur soin, qui, s’ils étaient ouverts, libéreraient quatre dieux gaulois maléfiques. L’ancienne abbaye de Cluny sert de décor à cette histoire, d’un autreTemps, celui d’une ville nommée Lutèce.

Véritable jeu de piste artistique et historique, mêlant le fantastique au polar, l’auteur mène tambour battant une enquête qui mènera son héros à redécouvrir le Paris de la Commune, l’œuvre de Courbet et de Rodin, et le panthéon oublié des dieux Gaulois. Puisant sa force narratrice dans le feuilleton du XIXème siècle, François Darnaudet a bien trempé sa plume pour donner à ses deux récits un souffle épique, dommage alors que la première de ses histoires ne soit pas à la hauteur de son ambition. Mêler art et enquête policière est un exercice difficile, il ne suffit pas d’esquisser la nature des œuvres citées, mais d’en faire réellement des personnages à part entière avec une âme, qui évolue au fil du récit et des découvertes. A la lecture de ce « fantôme rouge », n’importe quelle œuvre aurait pu faire l’affaire. Avouons cependant que la charge émotionnelle qui se dégage du Ugolin, de la Porte de l’Enfer et surtout de cet Origine du Monde, dont la contemplation nous conduit à l’essence même de la création et de l’objet du désir, aurait du suffire à justifier le récit. Mais, alors pourquoi n’y ai-je pas cru une seule seconde ?

Quant au deuxième récit, l’écrivain a su, en revanche, marier son style à cette histoire mythologique. A la façon d’un Philippe Ward, il réveille ces dieux gaulois, cette mythologie oubliée, pour nous entraîner dans un récit haletant, dont le point culminant reste une course-poursuite dans les égouts de Paris. « Les Dieux de Cluny » permet de camper un peu plus son personnage principal, même si ici on peut reprocher à l’auteur d’esquisser avec difficulté la psychologie de Bernadi et ses amis.

Mais saluons avant toute chose l’imagination fertile d’un auteur. Puisse-t-il un jour nous laisser réellement pantois en coloriant ses histoires avec un peu plus de rigueur.

Written by Dominique Karadjian

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