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Dans la bouche du grand néant

thesound1.jpg From The Lion’s Mouth
1. Winning
2. Sense of purpose
3. Contact the fact
4. Skeletons
5. Judgement
6. Fatal flaw
7. Possession
8. The Fire
9. Silent air
10. New Dark Age

En 1981, mon univers musical se résumait à peu de choses. Ma conscience musicale ne se réveillera que beaucoup plus tard, lorsque mes tympans rencontrèrent le son de New Order. De fil en aiguille, on remonte ainsi toute une généalogie rock, pop, punk, folk, blues, jazz, avant-gardiste, etc. Il suffit que l’on ait une envie énorme de découverte pour que l’on comprenne l’étendue de sa méconnaissance musicale. Qui dit donc New Order, dit Joy Division. Qui dit Joy Division, dit contemporains et forcément les hommes-lapins hantent les lieux de la mémoire. Ce sanctuaire est un lieu sacré, parfois caché et abritant quelques souvenirs inestimables.

Mais quel long chemin, le From the lion’s mouth de The Sound a parcouru pour se glisser enfin dans les interstices d’un player mp3 ? Révélateur d’une époque charnière, ce groupe eut un succès tout à fait relatif durant sa carrière. Fondé par Adrian Borland en 1979, ils enfilèrent les disques avec une précision de métronome pour se perdre définitivement en 1987. Situé à la croisée des chemins d’un post-punk neurasthénique et d’une dark folk moyennement maîtrisée, le groupe voulut tâter du succès en rendant ses disques de plus en plus accessibles. Laissant l’univers noir de ses deux premiers albums (dont fait parti From the lion’s), The Sound s’orientera vers une musique plus viscérale liée à une mélancolie qui saigne plus qu’elle ne signe. A tout bien regarder, The Sound fut l’égal des groupes de l’époque, ne serait-ce que pour ces deux premiers albums, nappés de synthétiseurs ambiants, de riffs de guitares ciselés et marqué par l’empreinte vocale de son leader, Adrian Borland. Le groupe bâtissait un son, son univers. Il est dommage que cette volonté créatrice se soit perdue en cours de route.

From the lion’s mouth véhicule à lui tout seul le legs d’une époque, la silhouette de la new-wave d’alors prépondérante se devinant l’esprit pionnier qui animait ces groupes. Et si Adrian Borland décida de rejoindre Ian Curtis au royaume des grands suicidés (il se jeta sous les rails d’un train en 1999), l’hommage tardif qui lui fut rendu est l’exemple même que la mémoire sait parfois se rendre reconnaissante. Ainsi, je n’oublierai pas de sitôt ces dix poignantes chansons dont la moitié confine au sublime.

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