[1001 films] L’Avventura

Film italien de Michelangelo Antonioni
Titre en français : L’Avventura
Sorti en 1960
Scénario : Michelangelo Antonioni, Elio Bartolini, Tonino Guera
Interprété par : Gabriele Ferzetti, Monica Vitti, Lea Massari
Fiche IMDB
Récompense : Prix du jury au Festival de Cannes

L’Avventura est listé en 359ème position dans la liste de Steven Jay Schneider et c’est le 5ème que je visionne/revois.

Synopsis : Des jeunes gens oisifs et fortunés font une croisière en Méditerranée. Lors d’une escale sur l’île de Lisca Bianca, Anna, une jeune héritière quelque peu désabusée voire paumée, disparaît mystérieusement. L’amant et sa meilleure amie partent à sa recherche. Un idylle naît entre eux.

J’avais déjà vu L’Avventura, il y a une vingtaine d’années à la télévision. A l’époque, je n’avais pas compris l’engouement pour ce film et surtout l’aura de scandale qui l’entourait. Je l’avais trouvé ennuyeux, fade et sans intérêt, tout juste si je trouvais la photo en noir et blanc de qualité. A la lumière de ces premières impressions, qu’en restent-ils après toutes ces années ? Le problème avec les films qui ont écrit une page de cinéma et inventé un nouveau vocabulaire, est de les remettre en perspective car en 50 ans, ils ont été digérés, copiés et ré-ingurgités avec plus ou moins de bonheur et font partie du patrimoine cinématographique. Comment donc juger une oeuvre ancienne qui a été analysée sous toutes ses coutures avec un regard neuf ? En faisant abstraction des commentaires, de l’érudition parfois barbante des critiques de cinéma et y aller franco.
50 ans donc après, me revoilà à revoir un film qui ne m’a pas plu. 143 minutes plus tard, je comprends enfin le scandale et pourquoi le film a été hué à sa projection au Festival de Cannes. Le point de départ est la disparition mystérieuse d’Anna (jouée par Léa Massari) et tout le long du film, on voit son fiancé et sa meilleure amie tenter de la retrouver. Mais ce fait divers n’est en fait qu’un prétexte pour Antonioni de mettre l’accent sur les relations ambigües qui va se nouer entre les deux jeunes gens, de l’indifférence générale qui s’installe, suite à cette disparition. Le réalisateur italien décrit durant plus de 2h. la profonde déshumanisation d’une élite riche et prospère, préférant le clinquant (on dirait bling bling aujourd’hui) à la profondeur du discours. Leur amie a disparu, oui et alors ? Et toute cette dénonciation se fait dans une épure extrême : un jeu d’acteur minimaliste, une lenteur du propos qui confine à l’étouffement, une photo en noir et blanc d’une netteté incroyable, Antonioni filme les espaces et les villes avec froideur et la foule – lorsqu’elle apparaît – se nourrit du grotesque de la situation et offre un autre côté du miroir forcément déformant, ricanant et brutal – voire barbare. On ne saura donc jamais ce qui est arrivé à Anna et la fin du film n’en est pas une en soi. Les amoureux de la fiction linéaire avec rebondissements en ont eu donc pour leur frais. Cependant, cette volonté d’Antonioni de ne pas donner les clés de son film aux spectateurs aura un écho prolongé dans le cinéma d’aujourd’hui, avec toutes ces oeuvres palimpsestes. On peut y lire ce que l’on veut mais l’auteur vous fait savoir d’une façon ou d’une autre qu’il a la main sur son film et pas vous.