Le podcast est-il mort-né ?

Rappelez-vous, fin 2005, nous nous étions enthousiasmé ici pour le podcast, cette nouvelle forme de média qui réinventait la radio à papa. Ainsi était né PODvains, le premier podcast francophone consacré au jazz. Depuis beaucoup se sont rués comme des mouches sur cette forme d’expression et on a eu le droit à une véritable logorrhée en la matière. Comme si le podcasting dénouait un autre besoin d’expression des Internautes… par la voix. On ne reviendra pas sur le fait que le podcasting est certainement un format des plus intéressants qui soit, et s’il est lié à un blog/site web avec un contenu écrit conséquent et relativement intéressant, son auteur peut capter une plus large audience.

On ne remet pas en cause ce média encore jeune et qui, malgré tout, doit encore faire ses preuves, mais plutôt de son usage. Qui écoute aujourd’hui réellement les podcasts ? Et surtout attentivement ? Existe-t-il une mémoire du podcast ? Des émissions écoutées ? L’internaute lambda écoute-t-il ou bien consomme-t-il plus vite que son ombre ? Est-ce un média de transmission et de partage ? Ou simplement une forme égocentrique ritualisant le narcissisme de l’individu ? Beaucoup de questions pour peu de réponses, car aujourd’hui nous n’avons pas encore le recul nécessaire pour mesurer l’impact de ce nouveau média et en tirer donc les enseignements utiles pour tous… Du moins de ce côté-ci de l’Atlantique, car aux Etats-Unis, le « très sérieux » Forrester Research a sorti une étude sur la question et ses résultats ont de quoi douché les plus enthousiastes d’entre nous :

Podcasts have hit the mainstream consciousness but have not yet seen widespread use. One-quarter of online consumers express interest in podcasts, with most interested in time-shifting existing radio and Internet radio channels. Companies that are interested in using podcasts for their audio should focus not only on downloads but also on streaming audio as a means to get their content and ads to consumers.

En 2006, uniquement 1% (soit environ 700000 personnes) des ménages connectés téléchargent et écoutent des podcasts et dans ce pourcentage ridiculement bas, la part belle va aux podcasts des médias traditionnels, à savoir les radios et les web radios. Les contenus dits originaux sont… originaux, mais très peu écoutés. Et ceci pour deux raisons : la difficulté à se faire connaître et le format court (quasiment obligatoire) invitant au zapping ou à la consommation rapide. Bref pas de quoi se réjouir au pays des nerds qui croyaient réinventer le radio-amateurisme.

L’étude conclut néanmoins sur une note optimiste. D’ici 2010, près de 35 millions d’américains écouteront régulièrement des podcasts. Un tel saut en avant en si peu de temps a de quoi émoustillé les fervents partisans du podcast sur le mode « on vous l’avait bien dit ». Et pour arriver à un tel résultat, Forrester Research prévoit que la généralisation du mp3 et la qualité des contenus seront le double facteur qui favorisera l’explosion du podcasting. Les contenus et les idées sont émergents, reste donc à les concrétiser. En monnaie sonnante et trébuchante ?

Written by Dominique Karadjian

6 Comments

Alexandre

Provocateur, comme titre. Mais il faudrait creuser la question plus à fond. Voici mes réactions, à chaud, en tant que poditeur.
(Et ç’aurait été bien d’envoyer un dernier PODvain pour expliquer aux poditeurs ce qui se passait.)
Il y a un effet «bulle», dans ce cas-ci. Quand la balado-diffusion a commencé à être connue, certains se sont enthousiasmé à outrance. Surtout ceux qui attendent l’avènement d’une nouvelle vague commercial sur le ‘Net. Pensez-y, le « podcast », pour eux, c’est la possibilité de vendre de la pub! La manne céleste. Enfin!
Ce qui se passe en ce moment, c’est plutôt autre chose. La balado-diffusion est l’extension du blogue qui a lui-même pris des années à se trouver. Parmi les premiers à se lancer, certains ont abandonné, par dépit. Ça prend plus de temps qu’on le pensait. On a moins d’auditeurs que prévu. Les annonceurs sont peu convaincus. Les grandes boîtes prennent plus de place que les indépendants. Etc.
Mais comme pour tout mouvement, il y a des phases distinctes. Il est possible que la balado-diffusion n’ait pas le futur prometteur qu’on lui accordait. Mais il est beaucoup trop tôt pour annoncer sa mort.
De mon côté, en tant que poditeur, j’écoute de la balado-diffusion avec beaucoup d’intérêt. Plus qu’une consommation passive, c’est une façon pour moi de déclencher diverses réflexions. Par exemple, votre diffusion du débat Chomsky/Foucault est inscrite pour moi dans une réflexion sur les différences entre intellectuels français et américains (pour un francophone nord-américain, c’est une notion importante). Des balado-diffusions d’amateurs me permettent de réfléchir à mes passions pour le café et la bière, pour la musique et la technologie. Moi qui n’écoute jamais la radio, me voici, grâce à la balado-diffusion, accro à diverses émissions de radio, qu’elles soient ou non disponibles chez moi.
En écoutant une balado-diffusion, je prête une oreille plus attentive qu’en entendant la radio. Si un truc n’est pas clair pour moi, je reviens sur divers passages de la balado-diffusion. Je conserve des liens sur plusieurs épisodes qui m’ont servi de points de départ pour diverses réflexion. Et je blogue sur des choses que j’ai entendues dans diverses balado-diffusion. Suis-je membre du club sélect des gens qui s’adonnent au plaisir de la podition? Peut-être. Mais tout comme l’influence des blogueurs qui dépasse largement le cadre de leur lectorat régulier, l’influence de la balado-diffusion ne se mesure pas en cotes d’écoute.

Dom'

Reste à savoir si l’écoute prévaut sur l’écrit. Or, justement, je ne suis pas sûre que le podcasting soit un vecteur de réflexion en ce sens et sur la durée. Qu’il incite individuellement à réfléchir, peut-être, mais son influence est-elle aussi collective ?

Alexandre

Intéressante, comme idée!
Ce qui est justement pas mal, avec la balado-diffusion, c’est qu’elle permet du sonore qui prend certains caractères de l’écrit. Tout comme l’écrit, on peut revenir sur divers passages. Comme pour le texte écrit, on peut passer d’un point à un autre librement. Comme pour les données écrites, on peut chercher de larges répertoires à l’aide de mots-clé. D’ailleurs, la balado-diffusion encourage un rapport à l’écrit par l’entremise des sites comme celui-ci. Contrairement à une discussion orale suite à une lecture commune, nous nous rencontrons, à l’écrit, suite à une écoute commune.
Si des outils comme Podzinger se généralisent (et deviennent proprement multilingues), le lien entre écoute et lecture peut être renforcé.
Par ailleurs, l’écoute active semble avoir un effet semblable à celui de la lecture rapide. Plusieurs personnes ont déjà remarqué, par eux-mêmes, que l’écoute accélérée incite une concentration accrue. Pour les conférences et cours, l’effet peut être saisissant.
Pour ce qui est de la collectivité, ça dépend moins de la nature de l’écoute que des habitudes des gens. Mais l’écoute encourage déjà la discussion dans plusieurs contextes. Les «lignes ouvertes» radiophoniques (très populaires ici en Amérique du Nord), les habitudes plus typiquement masculines de penser à ce qu’on va dire en écoutant quelqu’un d’autre, les habitudes plus typiquement féminines de vouloir aider l’autre à exprimer son point de vue, etc. Plusieurs balado-diffuseurs ont eu l’idée d’offrir à leurs auditeurs la possibilité de «réagir» oralement, soit par l’entremise d’une boîte vocale, soit par envoi de fichiers sonores directement sur le site, soit par l’utilisation d’un système spécifique comme Odeo. Ça ne semble pas toujours donner les résultats escomptés en ce sens que la plupart des gens répondent plutôt à l’écrit (pour plusieurs raisons).
Une autre chose qu’il faut garder en tête, c’est que la balado-diffusion n’est pas limitée à l’audio. Ma perception est que, peut-être à cause des nouveaux baladeurs numériques permettant le visionnement de fichiers vidéos, plusieurs balado-diffuseurs ont effectué un passage vers des formats visuels. Évidemment, YouTube et autres Google Video ont un impact sur ce passage au visuel. Souvent, ce passage démontre la prépondérance du verbal dans nos cultures puisque le visuel ne fait que s’ajouter à du sonore déjà complet. Mais, compte tenu de nos habitudes, la balado-diffusion à dimension visuelle nous pousse à revoir notre rapport à la télévision comme la balado-diffusion uniquement sonore peut nous pousser à repenser la radio.
Nous verrons bien quels seront les effets à long terme. Mais d’importants changements dans le «paysage médiatique» ont débuté grâce aux blogues et à la balado-diffusion. Il est peu probable que nous restions enracinés dans l’écoute passive.

Dom'

Vous mettez le doigt sur un fait : un podcast n’est efficient que si son outil de diffusion qu’est le blog existe, permettant aux auditeurs de pouvoir s’exprimer ouvertement. Mais, à l’heure actuel, et hormis quelques cas limités, les émissions de radios ou de chaînes spécifiques monopolisent l’audimat… Quid alors de cet espace de discussion, puisque nous sommes ici dans un rapport passif traditionnel ? Comme le souligne l’analyse du Forrester, l’utilisation « citoyenne » n’est pas rentrée dans les moeurs et tant que les médias traditionnels se contenteront de se servir du net et ses outils unitéralement, les habitudes de consommation passive auront encore la vie dure.

C’est donc à mon avis aux blogs de tirer vers le haut, en innovant constamment… sachant que la prochaine révolution technique (qui est déjà en cours dans certains pays asiatiques) passera par le téléphone mobile.

Alexandre

Nous sommes probablement tous d’accord que les blogues sont là pour rester. Et qu’ils ont influencé beaucoup d’autres aspects du «Web 2.0». Avec la balado-diffusion, les gens semblent développer un modèle qui est près du blogue, mais un peu plus orienté forum de discussion entre «producteur de contenu» et «poditeurs». Avec le blogue, les liens qui se tissent entrent différents billets évoquent bien une conversation entre pairs. Avec les balado-diffusions, on voit des commentaires (peut-être même des commentaires audio) mais peu de réponse par la balado-diffusion. En d’autres termes, quelqu’un qui réagit à un podcast peut le faire sur le site du podcast en question, mais va rarement créer un nouveau podcast en réponse au premier.
Si le moblogue se développe, comme vous le notez, il est possible qu’une interactivité réelle soit développée. La facilité de «production du contenu» est très importante. Pour les jeunes, du moins, il est plus difficile de diffuser une balado-diffusion que d’envoyer des images ou des SMS à partir de son téléphone.
Une autre donnée, c’est que beaucoup de balado-diffusions se sont tourné vers le vidéo. Surtout parmi les balado-diffusions non-professionnelles. Le « vidcast » remplace le podcast MP3 «classique». Rien de mal à ça, surtout pour ceux qui ont un appareil de type iPod permettant de visionner ce contenu. Mais ça encourage encore plus de passivité, à plusieurs niveaux. Comme YouTube et autres sites pour le contenu généré par les utilisateurs, le vidcast peut avoir une grande importance. Mais ce n’est pas le même type d’interactivité que ce que le blogue a institué.

Un truc que ces recherches, de Forrester ou autres, semblent oublier, c’est que le nombre de personnes visionnant ou écoutant des podcasts n’est pas directement proportionnel à l’influence que la balado-diffusion peut avoir en général. De TWiT à Ze Frank, de Vu d’ici à Blogging the News, la balado-diffusion semble influencer les média traditionnels. Ça compte, quand même!

Stephane Chausson

Moi je n’ai qu’un echose à dire.

Je podcaste la zike des netlabels chaque semaine, et je sélectionne les morceaux qui me plaisent le plus de la même manière que je le ferai dans un magasin de disque…
Il est évideznt que je ne trouve pas d’intérête à podcaster des émissions radio, j’utilise le podcast uniquement pour de la musique pure et dure !

Par exemple on peut trouver des podcasts de qualité tel que celui là : http://www.edensonic.com/edensonic_podcast.xml

Avis aux adeptes de musique electronique…

Je vous laisse juge, mais pour le moment les gens ne sont pas très « aware » de comment ça marche. Le Ipod en sera probablement son meilleur copmpagnon…
Restera à trouver des sites sélectionnant les meilleurs d’enter eux, noyés dans cette masse insignifiante qu’est internet !

A bon entendeur…

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