Villa Vortex de Maurice G. Dantec

A l’instar du critique littéraire Pierre Jourde qui ne sait pas par quel bout prendre Houellebecq, il serait peut-être de bon ton d’appliquer le même traitement à Dantec. Cet individu est louche, navigue trop souvent en eaux troubles, dessine un peu trop bien nos ambiances grises tout en lorgnant les rives noires de nos âmes. Et pourtant, l’enfant terrible de la littérature flirte un peu trop souvent avec l’imposture intellectuelle pour être totalement crédible. Les approximations de Dantec mériteraient qu’un jour on s’y attarde réellement, et ainsi on éviterait certainement les aboiements d’une certaine meute en mal de sensations, de revendications ou plus simplement en manque de renouvellement de combat politique. Si on me demandait aujourd’hui de critiquer sérieusement Villa Vortex, vous obtiendriez une moue dubitative : je ne sais pas quoi en penser. Mais une chose est sûre, Dantec maîtrise mieux son sujet, même si parfois la machine a tendance à s’emballer brutalement.

Contrairement au « Racines du Mal » ou à « Babylon Babies », boursouflé aux amphétamines, Villa Vortex ne s’égare pas en chemin. La structure du roman est quasi linéaire, les rebondissements servant cette fois-ci mieux l’intrigue. L’écrivain a quitté les contrées cyber-chaotiques de notre futur pour se concentrer sur un sujet que nous sommes supposés bien connaître : l’Europe de la dernière décennie du XXème siècle, avec comme musique d’accompagnement, Sarajevo, ville meurtrie, la « Ville des Morts ». Dantec nous fait partager le parcours initiatique, le changement intérieur d’un flic, Kernal, confronté à un serial-killer d’un nouveau genre : un Frankenstein, nouveau Prométhée, aimant remplacer les organes de ses victimes par des périphéries informatiques, La toile de fond ? La ville, véritable toile aliénante, mégalopole de la pensée unique, où le centre devient chaque jour de plus en plus flou. Si vous vous sentez déjà oppressé, passez votre chemin car la toile que tisse Dantec ne ressemble en rien à un cocon confortable. L’auteur renoue donc avec le roman noir, genre qu’il avait plus ou moins délaissé depuis son premier roman « La sirène rouge ». De ce côté-là, ce retour est plutôt une réussite. Maintenant le reste laisse quelque peu à désirer. Notamment lorsque Dantec parle à la place de son personnage et ce, d’une façon tellement ostentatoire, qu’il en devient franchement ennuyeux. Passons sa manie à pratiquer le name dropping : Dantec aime lire et étaler son érudition. Mais cette dépense d’énergie à vouloir passer d’une intrigue intéressante à un cours littéraire sur la Nouvelle Eve de Villiers d’Adam, par exemple, tourne rapidement au pathétique. Passons sur sa propension à juger tout et n’importe quoi, la suffisance du ton est cette fois-ci trop accentuée pour que l’on y adhère complètement. Reste les thèmes. Dantec poursuit son travail sur la chute de l’Homme, la fin d’une certaine vision historique euorpéenne tout en explorant de nouvelles voies : la transformation de Kernal est christique, une ascension vers une nouvelle foi. A sa mesure l’écrivain nous invite à (re)-découvrir la foi des premiers chrétiens : celle des pères de l’Eglise, celle des premiers martyres.

La cause théologienne est ici entendue. Reste à savoir si l’équation Darwin-Popper-Narby-Epiphane-aristotélicienne tiendra la route du Liber Mundi.

Et ce doute-ci est permis.

Written by Dominique Karadjian

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