La Maison des Feuilles de Mark Z. Danielewski

La Maison des Feuilles est un enfant hybride, né du croisement incongru entre le Projet Blair Witch et Memento, entre JL Borges et Edgar Allan Poe. D’emblée, tous les éléments référencés sont donc réunis pour qualifier ce roman de chef-d’œuvre. A priori. Car sans préjuger du travail considérable fourni par l’auteur, La Maison des Feuilles ne dépasse pas le stade de la simple curiosité.

Nous sommes accueillis par un « This is not for you » énigmatique voire légèrement menaçant, 10 pages plus loin c’est un « Muss es sein ? » cinglant qui vous plonge dans l’histoire incroyable du Navidson Record. Ce roman se présente sous la forme d’un essai écrit par un vieillard, retrouvé mort dans son appartement. Un jeune homme, Johnny Errand, trouve le manuscrit et se plonge dans le labyrinthe des notes écrites par le vieil homme. Le Navidson Record est un film sur la maison d’un grand reporter. Ce dernier implante des caméras dans toutes les pièces de la maison et filme ainsi le quotidien de sa petite famille. Une banale expérience familiale tournant au cauchemar lorsqu’il s’avèrera que le rôle principal n’est pas tenue par elle mais par la maison. Celle-ci se métamorphose en effet à son gré : un débarras apparaît ici, les murs s’agrandissent ou rapetissent, on peut descendre un même escalier en 2 mn ou bien en 4 jours, etc. Il n’est pas sûr ainsi lorsque vous franchissiez le pas d’une pièce, vous vous retrouviez à l’endroit désiré ; de croire vos enfants à portée de main alors qu’il vous faudra une semaine pour les rejoindre…

Abasourdi, l’auteur du film va engager les plus grands explorateurs pour élucider ce mystère, n’hésitant pas à plonger lui-même dans cette aventure…Il faudra tout l’amour de sa femme pour aller le sauver.

Comme la maison, l’histoire se construit feuille par feuille. Véritable palimpseste, elle se croise avec celle de Johnny Errand, junky de son état et nouveau porteur du Navidson Record, avec toutes les conséquences que cela induit…

L’auteur invite le lecteur à partager son oeuvre en y participant activement, jouant avec les annexes comme d’autres jouent avec leurs personnages, les entraînant dans un labyrinthe de mots, de phrases, de pages, de photos …. Telle une araignée, l’auteur tisse une toile : les lecteurs y sont prisonniers, obligés à jouer du livre comme d’autres jouent du biniou pour survivre, pour éviter que cet ouvrage insensé infecte votre ou notre réalité.

A ce stade, force est de constater que l’on crierait au génie. Las il n’en est rien. L’histoire de Johnny Errand parasite le Navidson Record. Cet artifice littéraire, amusant au début, ennuie sur la longueur, la trame du faux essai se suffisait amplement à elle-même. Quant au style, sa simplicité favorise certes la lisibilité mais n’est en rien transcendantal. Et puis sincèrement le sentiment de déjà lu et vu prend rapidement le dessus. L’enfant putatif de Borges et Poe n’est donc pas encore né.

Written by Dominique Karadjian

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